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  • Photo du rédacteurGuillaume PelletBourgeois

Aider les sportifs avec l'IE : pourquoi et comment ?

Dernière mise à jour : 3 sept. 2019




Les révisions du bac battent leur plein. Dans 100 jours, un feu d'artifice d'émotions (comme chaque année) aura lieu lors de la découverte des résultats de cette session 2019. Joie pour certains, tristesse pour d'autres, peur ou colère... le panel sera complet à n'en point douter. Est-ce que les résultats du bac reflèteront l'Intelligence Emotionnelle (IE) des candidats? J'en suis convaincu.

Pour mieux appréhender l'IE, je vous propose de partager mon expérience professionnelle, cadre dans lequel je la rencontre au quotidien. En effet, au sein de la formation biqualification, les émotions ne sont pas en reste. En charge de préparer de futurs moniteurs de ski, j'assure un accompagnement sportif et mental avec 80 élèves chaque année au sein du Lycée Frison-Roche de Chamonix. Entouré d'intervenants extérieurs, entraîneurs de ski, guide de haute-montagne, ancien coureur de haut-niveau, je propose une "prépa" en parallèle d'une scolarité en bac général ou en bac professionnel commerce. Mes élèves présentent donc les différentes étapes du diplôme d'Etat de ski alpin au cours de leur passage au lycée : test technique, cycle préparatoire, eurotest, 1er et 2e cycle... autant d'étapes difficiles à franchir et où les émotions vont jouer un rôle crucial pour devenir un futur professionnel de la montagne.


Il suffit de faire un tour de l'aire d'arrivée de l'Eurotest. Cet examen "sportif", 3e étape du diplôme d'état de ski alpin en est l'exemple parfait. L'objectif: lors d'un slalom géant, faire un temps suffisamment rapide par rapport à un ouvreur de niveau international. Deux tentatives par hiver soit quatre manches de 50 secondes maximum pour réussir un test hyper sélectif, commun à tous les futurs moniteurs de l'Union Européenne. Une petite centaine de candidats. Quelques heureux.... beaucoup de déçus... pression... stress pour être prêt le jour J. Une ambiance "spéciale" avec en toile de fond la possibilité d'intégrer l'Ecole Nationale de Ski et d'Alpinisme (ENSA), la prestigieuse institution en charge de former les moniteurs de ski alpin et les guides de haute-montagne.

Depuis plus de 10 ans à la tête de la biqualification, j'ai beaucoup évolué dans les contenus proposés pour préparer au mieux les élèves du lycée Frison-Roche de Chamonix.


L'aspect technique est mon soucis n°1. Le ski alpin est une discipline "hyper" technique et le niveau exigé à l'Eurotest ne permet pas "l'à peu près". Angulation, pied extérieur, appui languette, avancée du bassin, dissociation, diagonale.... Un travail de longue haleine qui se construit tout au long des 4 années de formation proposées en biqualification.


L'aspect tactique est aussi abordé pour que chaque candidat soit capable de s'adapter aux conditions du jour J. État de la neige, conditions météo, détérioration du tracé, visibilité... L'expérience des entraîneurs présents à l'Eurotest joue ici un rôle prépondérant pour aider les candidats à s'adapter au mieux.


L'aspect physique est aussi une priorité. En effet, avant d'être un skieur, on est d'abord un sportif. Endurant, résistant, explosif, coordonné, souple, fort. Autant de qualités physiques susceptibles de rassurer le candidat sur sa capacité à faire face le jour J. Des choix sont faits pour cibler au mieux le travail. Des tests physiques permettent de faire une photographie de chaque élève.


Le radar de performance est alors mis en relation avec l'objectif individuel annuel de chaque élève. Dans le cas de l'Eurotest, les axes "Explosivité" et "Force" sont privilégiés afin de répondre au mieux aux attentes du Slalom Géant proposé.


Le dernier aspect est celui de la préparation mentale. Nouveauté mise en place à l'automne 2016, j'ai enrichi la formation autour des interventions de Marc Carrère, préparateur mental agréé par la FFS, les élèves ont pu découvrir des outils simples de gestion du stress, de concentration, de mise en place de routines de performance... Suite aux échanges avec Marc, il m'est alors apparu incontournable de travailler sur la gestion des émotions dans mes interventions de coaching, domaine souvent oublié par les entraîneurs de ski alpin (Le lien entre IE et efficacité du leadership et de la fonction de coach fera l'objet d'un autre article).

C'est à cette période que j'ai commencé à me représenter le concept d'IE et à me questionner pour savoir comment l'intégrer dans ma formation? L'article L'intelligence émotionnelle dans le sport de Dosseville, Laborde et Allen, 2016 a aiguisé ma curiosité.



Le sujet date maintenant... En 1990: Salovey et Mayer.... En 1995: Goleman puis la couverture du Time... mais l'IE c'est quoi en fait? Elle se définit comme la capacité d'identifier ses émotions et celles des autres, de les comprendre, de les réguler et de les utiliser à bon escient.

Il est certain qu'une des raisons du succès de l'IE tient avant tout à l'offre commerciale que constitue ce nouveau concept : nouveaux tests, coaching, livres d'apprentissages.... Concept développé en vue d'être instrumentalisé par les entreprises, les écoles d'ingénieurs, les cours de management et de gestion... Mais n'est-ce pas, malgré tout, un concept primordial à l'école et dans les clubs sportifs? Dans le sport en général? J'en suis aussi convaincu.

Je vous propose donc de résumer ici deux exemples pour aider les sportifs à performer avec l'IE dans le cadre de la préparation mentale :

L'IE permet de mieux gérer le stress

Le lien entre IE et cortisol (hormone du stress) et IE et VFC (variablilité de la fréquence cardiaque) a été démontré dans plusieurs études récentes. Ainsi, une IE élevée peut profiter à l'athlète dans un rôle protecteur contre le stress car elle engendre une réponse moins élevée de cortisol lors d'un pic de stress. Un des axes qui peut alors être développé dans le cadre de la préparation mentale du sportif est la cohérence cardiaque. Mise en place lors du stage d'automne pour les élèves du lycée Frison-Roche, elle demande beaucoup de discipline.



Un travail rigoureux et régulier de cinq minutes trois fois par jour permet d'avoir des effets bénéfiques assez rapidement sur la gestion du stress et des émotions. En respectant un rythme "5sec inspiration / 5sec expiration" six fois par minute, on est en mesure d’atteindre cet état d’équilibre de cohérence cardiaque. Au premier abord simpliste, cet outil permet d'obtenir une fréquence respiratoire de 0.1 Hertz, une constante physiologique propre à l’être humain qui semble être une fréquence de résonance de nombreux biorythmes (les systèmes sympathique et parasympathique ont aussi cette fréquence). Les effets sur l'organisme sont très intéressants : Baisse du cortisol, la principale hormone de défense secrétée pendant un stress / Action favorable sur de nombreux neurotransmetteurs (hormones qui véhiculent les émotions) dont la dopamine (plaisir) et la sérotonine (prévention de la dépression et des angoisses) / Amélioration de la concentration et de la mémorisation. J'ai pu moi-même constater des effets bénéfiques direct sur mes élèves (en particulier ceux de bac pro commerce), avec un état d'apaisement et de relaxation directement après avoir pratiquer, mais aussi pour certains une amélioration au niveau des problèmes de l’attention et de l’hyperactivité... idéal donc pour réguler ses émotions avant un examen ou une épreuve sportive, et preuve que l'IE peut aider le sportif à gérer son stress.


L'IE permet d'avoir une capacité d'adaptation plus efficace.

Des études récentes indiquent que les sportifs avec une IE élevée s'engagent dans des comportements plus adaptatifs pendant et autour des compétitions. Cette capacité d'adaptation serait en lien avec les habiletés psychologiques du sportif. Plusieurs axes de travail sont alors à envisager dans le cadre d'une préparation mentale diversifiée et en fonction des retours du sportif : dialogue interne, fixation de but, imagerie par exemple. Cet hiver, j'ai essayé d'optimiser la concentration des élèves ainsi que leur capacité d'adaptation (voir aspect tactique). La construction de routines d'entraînement a permis une utilisation plus fréquente des habiletés psychologiques (visualisation mentale, exercices de respiration et d'intention, discours interne positif).



En ski alpin, une des habiletés psychologiques à améliorer dans la routine d'échauffement est l'imagerie mentale. Elle se définit comme la production d'une expérience perceptive en l'absence de la réalisation réelle du geste sportif. Par exemple, de nombreux élèves n'abordaient cet outil qu'en se remémorant les yeux fermés le parcours et le tracé du slalom. Je leur ai ainsi demander d'enrichir cet aspect visuel autour du paysage de la piste, de la neige, de la météo, des mouvements de terrain....


Mais utiliser le maximum de sens augmente encore les effets bénéfiques. L'aspect auditif (entendre le son du vent ou le crissement de la neige), l'aspect tactile (sentir l'appui du tibia sur la languette de la chaussure), l'aspect kinesthésique (ressentir le gainage de la ceinture abdominale ou la contraction des muscles des cuisses) permettent aussi d'enrichir ce travail d'imagerie mentale. Avec mes élèves, j'ai pu constater des effets positifs en terme de gestion de l'anxiété et du stress. Ainsi, plusieurs élèves ayant très peu confiance en eux pour l'Eurotest, ont réussi à rester dans leur "bulle", à gérer le pression et ont mieux réguler leurs émotions. L'IE a ici aussi aider les sportifs à s'adapter de façon efficace.


Suite à ces deux exemples concrets et pour conclure, il me semble qu'il est temps de démocratiser l'IE dans le sport par le biais de la préparation mentale. Encore sous-estimée il y a deux ans dans la cadre de la biqualification au lycée Frison-Roche de Chamonix, l'IE va devenir une vraie ligne de conduite pour toutes les promotions à venir afin de permettre à chaque élève d'identifier ses émotions, les comprendre, les réguler et les utiliser à bon escient. L'efficacité de cette approche résidera dans la généralisation de ce concept pendant toute la formation et avec tous les intervenants... L'objectif est clair et résumé dans la citation de Dan Millman: "la clé est de transformer l'énergie de l'émotion en action constructive". Des applications de l'IE et des transferts beaucoup plus larges seront possibles lors des examens scolaires par exemple. Ainsi, la gestion du stress et la capacité d'adaptation sont deux qualités que les élèves pourront utiliser lors des épreuves du bac en juin. Le travail de PM mis en place pour l'Eurotest (cohérence cardiaque, imagerie, discours positif, fixation d'objectifs) aura peut-être des répercussions inattendues pour les futurs bacheliers... Rendez-vous le 05 juillet 2019 pour les résultats.

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